COMMUNIQUÉ POUR DIFFUSION IMMÉDIATE 

Montréal, le mercredi 8 avril 2020 

 

Isolation et itinérance : appel à l’indulgence des policiers 

Les nouveaux hébergements d’urgence mis en place par la Ville de Montréal étant déjà à pleine capacité, les personnes en situation d’itinérance à Montréal lèvent des campements afin d’implanter au mieux possible les mesures d’isolation. Alors que les corps policiers ont la consigne habituelle d’interpeller et de relocaliser les personnes se construisant des abris, Plein Milieu lance un appel aux policiers pour demander d’intervenir avec indulgence auprès des personnes en situation d’itinérance qui tentent de se protéger du Coronavirus.

Plein Milieu est un organisme qui œuvre depuis près de 30 ans auprès des populations itinérantes dans le Plateau-Mont-Royal. Pour Ann Lalumière, coordonnatrice des services en itinérance, l’appel à la collaboration des policiers n’a jamais été aussi urgent. « Nous sommes habitués de sensibiliser les autorités aux problèmes vécus dans la rue. Cependant, en pleine pandémie, nous devons tous faire des compromis et trouver des solutions rapidement. Pour les personnes en situation d’itinérance, c’est une question de vie ou de mort ».

La Ville de Montréal avait annoncé la semaine passée la mise en place de trois nouveaux hébergements d’urgence totalisant près de 150 lits. Ces hébergements se sont remplis rapidement alors qu’ils ne peuvent répondre à la demande des plus de 3000 sans-abris, un chiffre révélé lors du dénombrement de 2018 et qui sous-estime probablement la réalité. Plusieurs groupes communautaires mènent donc des actions pour demander à la Ville de Montréal d’augmenter le nombre de refuges et de convertir certains hôtels en lieux d’isolation, mais en attendant les développements, les intervenants de première ligne se retrouvent dans une impasse et ne peuvent offrir aux populations qu’ils desservent des solutions qui respectent les lois en place. 

En collaboration avec le Centre de Justice des Premiers Peuples de Montréal, le RÉSEAU de la communauté autochtone à Montréal et le Projet des Travailleuses de Soutien Autochtones à Montréal, Plein Milieu a commencé la distribution de tentes aux gens de la rue, notamment auprès des communautés Autochtones urbaines. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un service offert en temps normal, « nous devons nous adapter à la crise actuelle et faire preuve de créativité pour trouver des alternatives ». Cependant, sans la pleine collaboration des corps policiers, ces efforts risquent de tomber à l’eau. Selon Ann Lalumière, les policiers ont l’habitude de relocaliser les sans-abris ou de confisquer et jeter leurs tentes lorsque ceux-ci érigent des campements. « En les forçant à se déplacer sans cesse et en saisissant leurs moyens de subsistance, les personnes itinérantes sont encore plus vulnérables et le risque d’être infectés et de transmettre le virus à la population générale augmente » .

Plusieurs organismes se sont adressés au SPVM pour faire part de leurs appréhensions et pour demander une plus grande collaboration. Plein Milieu a d’ailleurs proposé à son poste de quartier de mettre en place des zones de non-intervention où les personnes peuvent monter une tente sans être indûment interpellées par la police. Cette solution à très faible coût permettrait aux personnes en situation d’itinérance de pratiquer de meilleures mesures d’isolation en attendant que les gouvernements mettent en place les ressources nécessaires. 

Or, ce n’est pas la première demande adressée aux différents services de police du Québec et l’absence d’une réponse claire et unifiée cause beaucoup d’inquiétude. Plein Milieu avait d’ailleurs lancé l’alerte la dernière semaine de mars quant aux dangers d’une augmentation des sevrages d’alcool et de narcotiques alors que plusieurs commerces et organismes ferment leurs portes. « Nous avons fait appel aux policiers pour leur demander de s’abstenir de  jeter l’alcool et les drogues des personnes qui consomment en public. Les gens qui quêtent peinent à obtenir des sous puisque les rues sont désertes et les centres de désintoxication n’ont pas réussi à s’adapter à la crise du COVID-19. Cette conjoncture agrandit considérablement les risques de sevrages pouvant mener à la mort » soutient Ann Lalumière, qui ajoute que certains policiers sont sensibles à leurs préoccupations et exercent plus d’indulgence, tandis que d’autres non. « Ce n’est pas assez! Il faut une réponse cohérente de la part des autorités pour sauver des vies avant qu’il ne soit trop tard. Dans les circonstances actuelles, il est urgent que les organismes communautaires et les corps policiers travaillent dans la même direction, en privilégiant la sécurité avant tout. » 

 

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Information : 

Katia McEvoy

Agente de communication – Plein Milieu

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Katia.communication@pleinmilieu.qc.ca 

 

Photo : Alexas_Fotos from Pixabay